8 octobre 2017

Colin O'Sullivan, "Killarney Blues" : while my guitar gently weeps...

Colin O'Sullivan est un artiste irlandais aux multiples talents - comédien, poète -. Il vit au Japon où il enseigne l'anglais, et Killarney Blues est son premier roman. Comme son titre l'indique, son action se déroule dans la jolie ville de Killarney,  aux portes du Parc national du même nom, au sud-ouest de l'Irlande. Killarney, ses jolies maisons, ses petites rues pavées, son château, ses calèches, ses pubs, sa musique irlandaise, ses touristes venus du monde entier. Et puis Bernard Dunphy. La trentaine, l'allure d'un ado attardé, vêtu d'un gros manteau noir qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il fasse soleil. Bernard vit encore avec sa mère Brigid et leur vieille jument Ninny. Il gagne sa vie en tant que jarvey, c'est-à-dire qu'il promène les touristes dans sa carriole, aux rênes de Ninny. Il a une passion, celle que lui a transmise son père mort noyé dans des circonstances un peu troubles alors qu'il était enfant : le blues, le vrai, celui du Delta. Et ce qui va avec : la guitare. Il vit blues, dort blues, aime blues. 

25 septembre 2017

Magdalena Parys, "188 mètres sous Berlin" : quand les histoires racontent l'histoire

Autant le dire d'emblée, ce roman est à la fois troublant et terriblement attachant. Magdalena Parys, romancière polonaise vivant à Berlin, a accompli là une sorte de multiple tour de force : réussir un roman "choral", comme on dit, ce qui n'est pas à la portée de tout le monde; raconter les histoires de ses personnages et les transformer en une ambitieuse vision historique et politique; explorer des personnages singuliers et les imposer d'emblée au lecteur, qui à aucun moment ne se trouve dans la confusion souvent provoquée par les romans à plusieurs voix lorsqu'ils ne sont pas aussi réussis que celui-ci... Et bien sûr, mettre en place une dramaturgie sophistiquée tout en construisant un suspense irrésistible.

14 septembre 2017

Ron Rash à la librairie Millepages : morceaux choisis

Ce soir, la librairie Millepages de Vincennes recevait Ron Rash. Il s'est prêté au jeu des questions et des réponses, et au dialogue avec le libraire Jérôme Dejean, en compagnie de son éditrice Marie-Caroline Aubert, également interprète d'un soir, autour de son dernier roman, Par le vent pleuré (Seuil - voir la chronique ci-dessous). Morceaux choisis.
"Par le vent pleuré, c'est une histoire qui n'est simple qu'en apparence. A cet égard, j'ai beaucoup pensé à L'Etranger de Camus, que j'ai lu justement en 1969. J'ai voulu travailler sur les strates, en profondeur, faire le portrait d'un écrivain, même si c'est un écrivain raté, et aussi évoquer la fiabilité de la mémoire (...)
J'ai choisi cette année, 1969, parce qu'elle correspond à une période cruciale pour l'histoire des Etats-Unis, et aussi parce qu'avec le recul, elle me permettait d'opérer une résonance avec le temps présent. Le crime a lieu précisément le jour de l'assassinat de Sharon Tate... J'ai voulu englober toutes les années soixante en un été : la lumière, l'optimisme, l'euphorie. De la lumière à l'ombre, pour ainsi dire (...)
Jérôme Dejean, Ron Rash et Marie-Caroline Aubert à la librairie Millepages
 Le personnage de Ligeia est un élément perturbateur, et aussi un symbole :l'héroïne d'Edgar Poe, la sirène. C'est elle qui va provoquer le conflit (...)

Ron Rash, "Par le vent pleuré" : le fantôme de la rivière

1969, en Caroline du nord, dans la petite ville de Sylva. Au bord de la rivière,  deux frères, Bill, l'aîné, qui a cinq ans de plus qu'Eugene, se livrent à des parties de pêche bucoliques et à des baignades rafraîchissantes sous le soleil brûlant. C'est Eugene, le cadet, qui va endosser le rôle du narrateur et prendre la parole, 46 ans plus tard, pour nous raconter l'histoire de Par le vent pleuré. 

Sylva, de nos jours. En première page du journal local, l'info du jour : on vient de retrouver les restes d'une jeune fille ... 

En 1969, à Sylva, on ne veut pas savoir ce qui se passe ailleurs : les hippies, la musique pop, le Vietnam, la contestation, la drogue, tout cela n'existe pas, ou alors dans un autre monde. Cet autre monde-là va se manifester sous les traits de Ligeia, jeune fille rousse venue de Floride passer quelque temps dans sa famille, à la campagne. Ligeia surgit pour la première fois dans la vie de Bill et Eugene au beau milieu d'une partie de pêche. 

6 septembre 2017

Franck Bouysse, "Glaise" : guerre, violence et passion

On n'ose imaginer ce que ressent un auteur à la veille de la sortie de son nouveau roman, après avoir connu une progression régulière en succès et en popularité avec ses deux derniers romans, Grossir le ciel et Plateau, maintes fois récompensés. Si l'attente des lecteurs est forte,  quelle doit être celle de l'écrivain qui veut avancer, être toujours meilleur, sans compromis, creuser un sillon qui n'appartient qu'à lui, s'affranchir des influences parfois salutaires, parfois encombrantes, faire entendre sa voix propre, décider du chemin à emprunter sans oublier de se laisser porter par son énergie, son intelligence, son talent? Telle est la question qu'on se pose une fois terminée la lecture de Glaise : quand on a suivi Franck Bouysse depuis avant Grossir le ciel, on prend d'autant mieux la mesure du chemin parcouru, et c'est une véritable émotion que de constater qu'encore une fois, il réussit à nous surprendre tout en restant fidèle à ce qui lui a attiré l'attachement des lecteurs.

25 août 2017

Denise Mina, "De sel et de sang" : un petit village pas si tranquille

Voici donc qu'arrive en librairie ma "dose" annuelle de Denise Mina, sous la forme d'une nouvelle investigation d'Alex Morrow, inspectrice de Glasgow dont c'est déjà la cinquième enquête. Les années passent, Alex Morrow se bonifie sans jamais vraiment s'endurcir, bien qu'en elle en ait vu de toutes les couleurs. Et ce n'est pas De sel et de sang qui va lui rendre la vie plus douce... Deux femmes sont au cœur des premiers chapitres : la première n'a pas de prénom. Elle marche, entourée par deux hommes, Iain et Tommy, sur les berges du Loch Lomond. Où va le trio ? Qui sont-ils ?  Elle n'a pas l'air inquiet, elle sourit même un peu. Jusqu'au moment où elle voit le bateau. Là, elle comprend, elle hurle, tente de s'enfuir. Peine perdue. Elle est condamnée... Qui est-elle ? Quelle faute a-t-elle commis pour mériter un tel sort ? 

C'est Iain qui va porter les coups de matraque mortels, multiples, violents. Il épargnera le visage... Cette scène terrible, Denise Mina l'écrit avec tout son talent et y met tout son style, dont on connaît l'efficacité et l'originalité. Ce n'est pas à l'assassinat d'une femme par une brute qu'on assiste, et c'est toute la force de cette scène. Iain frappe, frappe, et le visage de la femme s'inscrit en lui à jamais, son dernier souffle, sa dernière énergie, s'insufflent en lui, l'envahissent et ne le quitteront plus... Mais il faut aller jusqu'au bout, c'est inéluctable.

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